-

"Zone euro : plus de dialogue social, pour plus de mobilité du travail", une analyse de Stéphanie Villers, chef économiste d'Humanis

Renforcer la zone euro réclame des mesures visant à stimuler la mobilité du travail intra-zone. Cela doit passer par le développement du dialogue social au sein de la zone euro pour offrir une meilleure compréhension des avantages de la construction monétaire et une plus grande harmonisation du socle social. 

A l’heure où Emmanuel Macron veut renforcer la zone euro, un bilan s’impose. Compte tenu de la relative stabilité de l’euro depuis son avènement, force est d’admettre que le reste du monde plébiscite cette construction monétaire unique en son genre. Mais, il reste des zones d’ombres, en particulier en ce qui concerne la maîtrise des chocs asymétriques. C’était d’ailleurs la principale menace mise en exergue par les experts. En effet, pour ses détracteurs, la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale. Et c’est là où le bât blesse. L’absence de budget fédéral permettant le transfert de revenus et l’insuffisance de mobilité de la main d’œuvre pour jouer le rôle d’amortisseur rendent la construction européenne invariablement bancale. Rappelons qu’aux Etats-Unis, ces deux paramètres existent et permettent de résorber les déséquilibres du marché du travail et d’atténuer les divergences économiques entre Etats.

Une mobilité des travailleurs insuffisante

Mettons de côté la nécessité d’une politique budgétaire commune qui relève davantage d’une volonté politique et concentrons-nous sur les raisons de la faible mobilité de la main d’œuvre européenne. Celle-ci s’explique en partie par les différences linguistiques entre les pays membres. Le recrutement intra-zone est, depuis toujours, entravé par le barrage de la langue en dépit de la libre circulation des travailleurs. Pourtant, aujourd’hui, la donne a changé notamment grâce à la révolution technologique qui s’est enclenchée depuis quelques années. Le progrès technique rebat les cartes et offre de nouvelles perspectives en matière de flexibilité du travail. Le numérique permet, en effet, de développer le télétravail et si l’anglais professionnel demeure souvent incontournable, reste que les objets connectés deviennent de plus en plus performants dans la traduction simultanée. Le développement de l’intelligence artificielle ouvre le spectre d’un travail à distance et écarte les barrières linguistiques.

A moyen terme, il sera donc possible de lever le principal frein à la mobilité de la main d’œuvre. Il faut donc se préparer à penser plus global et à envisager la zone euro comme un territoire de plus en plus intégré. Pour autant, les technologies ne peuvent pas tout et il demeure un domaine où les Européens doivent progresser pour « optimiser » leur zone. C’est celui du dialogue social.

Le dialogue social européen méconnu

Le dialogue social, qui inclut tous types de négociation entre employeurs, travailleurs et/ou gouvernements, structure « l’offre sociale d’un pays ». Mais, quid au niveau européen ? Il permet de légiférer dans le domaine de la politique sociale en tentant de trouver des positions communes entre les différents partenaires sociaux, c’est-à-dire les organisations patronales et syndicales des pays membres de l’Union Européenne. C’est ainsi que des accords-cadres ont été signés concernant notamment le congé parental, le temps partiel, le télétravail, le harcèlement au travail ou encore le stress au travail.

Au demeurant, il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de l’harmonisation des politiques sociales. Par exemple, les conditions d'indemnisation chômage ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Si globalement les droits à l'assurance sont conservés, reste que l'installation dans un autre Etat membre peut se traduire par une moindre indemnisation en cas de perte d’emploi. Le développement de la mobilité nécessite une plus grande convergence en matière de protection sociale. La mobilité s’envisage comme un tout et résulte d’un ensemble de facteurs intégrés. La rémunération est l’un des critères déterminants mais elle doit être appréhendée en incluant les prestations sociales associées (chômage, santé, retraite) et la qualité de l’emploi au sens large (sécurité, congés, horaires, etc.).

Vers une plus grande harmonisation de la protection sociale

Par ailleurs, si le dialogue social existe au niveau européen, il reste ignoré par la plupart des européens. Or, la méconnaissance sur les conditions de travail en matière de sécurité, de congés payés, d’horaires ou de rémunération dans les autres pays européens constitue un frein à la mobilité intra-zone. In fine, la mobilité de la main-d’œuvre au sein de la zone euro va de pair avec une meilleure connaissance du dialogue social. A charge ensuite pour les partenaires sociaux de s’engager vers davantage d’harmonisation au niveau de la protection sociale. Pour autant, il conviendrait de développer ce dialogue social au niveau de la zone euro et non pas de l’Union européenne à 28, étant entendu que les gouvernements, ainsi que les organisations patronales et syndicales de ces pays membres partagent la même monnaie et la même exigence de développement de la mobilité du travail intra-zone.