Santé des séniors : un accès aux soins plus difficile ?

4 juillet 2018

Le renoncement aux soins parmi les plus de 50 ans et les retraités devient un phénomène préoccupant. Parmi les 50-65 ans, 39% déclarent avoir renoncé à des soins dentaires ou à des lunettes (21%). Et parmi les retraités, 24% avouent avoir régulièrement du mal à payer des actes médicaux.

Les difficultés financières n’épargnent pas les retraités. Selon l’étude Audencia - Humanis, près de 2 retraités sur 3 estiment que leur niveau de vie s’est détérioré (63%) depuis qu’ils ne sont plus en activité. Ils sont 3 sur 10 à avouer rencontrer des difficultés pour payer leurs dépenses courantes et 24% déclarent avoir régulièrement du mal à payer certains actes médicaux.

Finalement, seuls 10% des retraités déclarent n’avoir jamais ou rarement eu des difficultés pour payer leurs dépenses courantes.

Accès aux soins : trop cher, trop loin, trop compliqué

Des tarifs trop élevés au regard du montant moyen de la pension de retraite (1 493 euros nets par mois) [2], des dépassements d'honoraires trop fréquents non remboursés par l'Assurance maladie sont autant d'éléments à prendre en compte pour expliquer ces chiffres.

39% de renoncement aux soins dentaires

Mais le renoncement aux soins commence avant la retraite. Pourtant, les Français entre 50 et 65 ans sont 71% à penser que "bien vieillir" est synonyme d'être en bonne santé. Il n'en reste pas moins que  39% d'entre eux déclarent avoir renoncé à des soins dentaires, à des consultations de spécialistes, ou à des soins ophtalmologiques et des lunettes (21%). C'est le prix trop élevé qui est avancé comme principale explication par les personnees interrogées dans l'étude Audencia-Humanis, mais aussi les horaires jugés peu pratiques et l'éloignement de certains spécialistes.

Les patients en question évoquent à 59 % le reste à charge trop élevé et à 32 % l'avance de frais impossible.

Près de 80 % des "renonceurs" sont pourtant couverts par une complémentaire santé. Et un sur cinq bénéficie de la couverture maladie universelle complémentaire. La plupart des renonceurs semble donc ne pas se servir de l'aide à la complémentaire santé (ACS) alors qu'ils pourraient y avoir droit [3].

L'avénement du "zéro reste à chargeconfirmé par le gouvernement lors du congrès de la Mutualité en juin 2018 pourrait pourrait donc traiter une partie des causes du renoncement aux soins des séniors.

Les séniors s'inquiètent aussi d'une désertification médicale, tout particulièrement dans les campagnes où 70% des sondés estiment que le nombre de médeceins généralistes diminue, contre 40% en ville. Les délais de rendez-vous trop longs ou le manque de disponibilité des médecins ne sont mis en avant que dans respectivement 12 % et 11 % des cas.

 

Quelles solutions ?

Des dispositifs souvent méconnus ou négligés, permettent pourtant de contribuer à l'amélioration de la prise en charge de la santé des seniors :

  • Les réseaux de soins, comme Itelis ou Kalivia  par exemple, mis en place par les organismes complémentaires, répondent à ces problématiques. Ils regroupent des professionnels de santé exerçant dans un même domaine et proposent des tarifs plus attractifs. Néanmoins 60 % des 50-65 ans ne connaissent pas ces dispositifs, mais 93 % se disent prêts à se tourner vers l'un de ces réseaux dès lors qu'il garantit des prix plus bas.
  • De nombreuses applications sur smartphone proposent des conseils de qualité très variable c'est pourquoi il existe un mécanisme de labellisation des applis. Un certain nombre de ces applis proposent des services par l'intermédiaires de complémentaires santé ou de réseaux de soins. Parmi les services qui facilitent la préservation de sa santé on peut trouver notamment :  la géolocalisation d'opticiens agréés par le réseau de soins avec mise à jour régulière; l'information sur les prestations de santé et leurs coûts ; la possibilité de créer son dossier médical et de recevoir des alertes de suivi; une procédure d'auto évaluatuion de son niveau de santé...

  • La plateforme YvoirPlusClair.fr donne de l'information sur les dispositifs de prise en charge des frais d'optique et il oriente les personnes les plus fragiles vers le parcours de soins de l'association Optique Solidaire, qui leur permet d'accéder à un équipement optique de qualité sans frais restant à leur charge

  • La téléconsultation ou consultaiton médicale en ligne permet de palier au manque de professionnel médical dans certaines zones géographiques, de réduire les dépenses et d'informer les patients. Les 50-65 ans sont d'ailleurs 92% à se dire prêts à accéder en ligne à leur dossier médical et 66 % à envisager, positivement, d'effectuer une consultation par visioconférence. Les services de télémédecine sont également très appréciés par certains expatriés, qui ne peuvent consulter dans leur pays de résidence pour des actes comme les consultations psychiatriques. Une innovation qui pourrait être l'une des pistes les plus intéressantes pour l'accès aux soins dans les années à venir. Les syndicats de médecins et la Sécurité sociale ont d'ailleur conclu un accord en juin 2018 permettant de généraliser cette pratique et de faciliter le remboursement à compter du 15 septembre 2018.

[1] Etude "Comportements et Vulnérabilité Financière" Audencia-Humanis 2018
[2] Chiffres "La retraite et les retraités" DREES 2017
[3] Chiffres "Observatoire des non-recours aux droits et services" Odenore-CPAM 2017

Les réseaux de soins qui ont pris leur essor en France dans les années 2000 comptent aujourd'hui plusieurs milliers de professionnels de santé et couvrent environ 45 millions de personnes assurées.  Ils seront en première ligne dans l'application de la réforme santé visant au reste à charge zéro pour les assurés en optique, dentaire et audioprothèse.

Ces plateformes ou réseaux de soins sont actuellement au nombre de six et vont passer à cinq dès le début 2019 :

Ces réseaux ont fait l'objet d'un rapport en 2016 réalisé par l'inspection générale des affaires sociales (IGAS). Ce rapport dresse un bilan approfondi des réseaux de soins : parts de marché ; conséquences pour les patients en termes d’accès aux soins et de reste à charge ; impacts sur les prix pratiqués par les professionnels, etc…

"La mission observe un écart de prix notable entre les soins (ou produits) consommés via un réseau et ceux consommés hors réseau, particulièrement en optique : environ -20 % pour des verres adultes et -10 % pour des montures. Dans le secteur des aides auditives, la différence de prix est plus limitée (autour de - 10 %). Dans le secteur dentaire, elle semble encore plus réduite, avec cependant des écarts importants pour certaines plateformes", indique le rapport de l'IGAS.

"Du point de vue de l’accès aux soins, les réseaux ont un effet globalement favorable : la mission constate un écart important de reste à charge en faveur des assurés qui recourent aux réseaux(-50 % en optique, -20 % en audio). Cet écart est dû, pour l’essentiel, aux différences de prix, mais aussi à l’amélioration du remboursement complémentaire.", ajoute le rapport de l'IGAS.

Par ailleurs, dans une étude sur les réseaux de soins publiée en mars 2018, le cabinet Xerfi Precepta prédit une poursuite de la concentration de ce secteur qui ne comptera bientôt plus que 5 plateformes.

« Les réseaux intermédient désormais près d’un tiers du marché en optique (…) 20% du marché de l’audioprothèse (…) mais peinent à s’imposer en dentaire », précise Xerfi.

"Les plateformes et réseaux de soins devront gagner en lisibilité en matière de certification du rapport qualité/prix, du renforcement de l’efficience des soins ou encore de l’accès physique et numérique des soins. En réalité, l’encadrement des prix et reste-à-charge pose un défi de repositionnement aux plateformes et réseaux de soins, en particulier pour les biens médicaux d’entrée de gamme et le marché de la santé individuelle", indique Alexandre Boulègue, directeur de Xerfi France.

 

 

Expert

Contact Presse

Sujet liés