Pauvreté : l'ascenseur social est en panne en France, selon l'OCDE

Paris, France, 19 juin 2018

La France fait figure de mauvais élève en matière de mobilité sociale. Dans un récent rapport, l'OCDE constate qu'il faudrait en moyenne six générations pour qu'un descendant de famille pauvre atteigne le revenu moyen. L'organisation tire la sonnette d'alarme et préconise de s'attaquer au chômage de longue durée, au décrochage scolaire et aux inégalités territoriales.

L'ascenseur social français fonctionne au ralenti : c'est la conclusion alarmante d'un récent rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)* sur la mobilité sociale. Dans ce rapport, l'OCDE constate qu'en France, il faudrait six générations, soit près de 180 années, pour qu'un descendant de famille pauvre atteigne le revenu moyen du pays. C'est plus que la moyenne des pays membres de l'OCDE (5 générations).

"Il n'y a plus de mobilité sociale dans les pays de l'OCDE : les revenus, la profession, le niveau d'éducation se transmettent d'une génération à l'autre", a commenté Gabriela Ramos, conseillère spéciale auprès du secrétaire général de l'OCDE lors de la présentation du rapport à la presse, vendredi 15 juin.

Un enseignement inégalitaire ?

Les experts mettent en cause notre système éducatif pour tenter d'expliquer ce mauvais résultat.

 "Le système éducatif français joue certainement un rôle pour expliquer le manque de mobilité sociale en bas de l'échelle. La mobilité en matière d'éducation est loin de celle observée dans les pays les plus performants (Corée, Canada, Japon) et demeure inférieure à la moyenne de l'OCDE", pointe le rapport.

En France, malgré l'école gratuite et obligatoire, seuls 17 % des enfants dont les parents ont un faible niveau d'étude ressortent diplômés de l'enseignement supérieur. En revanche, sept enfants de parents diplômés sur dix (68 %) obtiennent un diplôme équivalent à celui de leurs parents. Pour tenter de réduire ces inégalités, l'OCDE préconise davantage de soutien aux écoles accueillant des enfants défavorisés, mais également de faire la guerre au décrochage scolaire.

Peu de mobilité au sein d'une même génération

Le constat est tout aussi sombre en ce qui concerne la mobilité intra-générationnelle, qui s'intéresse à l'évolution des revenus d'une même personne au cours de sa vie. Le manque de mobilité se reflète largement dans les revenus d'activité. Ainsi, 35 % des enfants dont le père a de faibles revenus suivent le même chemin une fois adultes. À l'inverse, les enfants de cadres sont deux fois plus susceptibles de devenir cadres eux-mêmes que les enfants de travailleurs manuels.

Pire, cette tendance à l'immobilité sociale tend à s'aggraver depuis les années 1990, indique La Tribune, qui rappelle que 64% des personnes issues du quintile inférieur de revenus (les 20% qui ont les revenus les plus faibles) restent bloqués en bas de l'échelle. Une tendance qui s'explique par "l'importance du chômage de longue durée, et par la mauvaise qualité des emplois retrouvés, souvent en CDD", analyse le quotidien Les Echos.

Trop d'inégalités territoriales

Pour tenter de réduire une fracture sociale de plus en plus marquée, l'OCDE préconise un certain nombre de mesures : mener une lutte acharnée contre le chômage de longue durée, promouvoir la mixité sociale, s'attaquer aux inégalités territoriales en mettant l'accent sur les territoires qui cumulent plusieurs formes d'inégalités.

 "Les chances de réussite professionnelle des jeunes dépendent fortement du quartier dans lequel ils grandissent et du niveau de capital humain et social de leurs parents", rappelle l'organisation.

De quoi donner quelques pistes à Emmanuel Macron, qui doit annoncer en juillet une stratégie de lutte contre la pauvreté afin d'enrayer le "déterminisme social".

* L'ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale

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