Le dialogue social européen est largement méconnu par les salariés

Paris, France, 9 janvier 2018

Les résultats issus d’un sondage Odoxa [1] pour Humanis révèlent une forte méconnaissance du dialogue social européen par les salariés européens : 47% ignorent totalement ce dont il s’agit, et particulièrement les salariés français (58%).

 

L’enquête menée par l’institut de sondage Odoxa, dont les principaux enseignements sont révélés aujourd’hui, sert à alimenter le rapport annuel sur l’état du dialogue social d’Humanis. Cette 3ème édition du rapport qui sera publiée en mars 2018, comparera la situation française à plusieurs pays européens dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie.


Le dialogue social européen, grand inconnu des salariés européens, particulièrement des Français.

  • Seuls 8% des salariés européens ont une connaissance précise du dialogue social européen. Les bons élèves sont notamment l’Italie (14%), le Royaume-Uni (12%) et l’Espagne (10%), devant l’Allemagne (5%) et la France (4%). La France est le pays où le dialogue social européen est le plus méconnu –58% des salariés français affirment en effet « n’avoir aucune idée de ce dont il s’agit » – suivi par l’Allemagne (47%).
  • Les salariés européens ont une connaissance limitée de leurs droits. Ils sont à peine plus d’un sur deux à savoir que le dialogue social européen couvre la durée maximale du travail et les congés parentaux et un sur trois à connaitre leurs droits en matière de télétravail et de lutte contre le stress au travail.
  • La question de la pertinence du dialogue social européen fait également débat. De manière générale, les salariés européens estiment que le dialogue social européen est utile pour améliorer leurs conditions de travail (66%), et efficace pour harmoniser les normes sociales et lutter contre le dumping social en Europe (63%). Des doutes subsistent néanmoins sur la capacité du dialogue social européen à être dynamique (52%) et proche des préoccupations des salariés (50%), et une minorité (38%) juge que l’on en entend suffisamment parler.
  • Les Français sont de loin les plus critiques quant à l’efficacité du dialogue social européen, quand les Britanniques sont les plus positifs – sans doute parce qu’il en a été question au moment du Brexit. Si les Britanniques (62%), les Espagnols (61%) et les Italiens (57%) estiment que le dialogue social européen a un impact important sur leurs conditions de travail, les Allemands et les Français sont respectivement 48% et 40% à le penser. De fait, les Allemands (59%) et les Français (58%) privilégient le dialogue social national, quand les Italiens (65%) et les Espagnols (55%) ont à coeur que le développement du dialogue social au niveau européen soit plus actif.
  • Enfin, les salariés européens souhaiteraient plus d’équité : plus des trois quarts d’entre eux aimeraient bénéficier des mêmes conditions de travail – qu’il s’agisse de rémunération (80%), de congés payés (76%), d’horaires de travail (76%) et de conditions de sécurité (74%).


Le dialogue social en France reste dynamique même si la perception des salariés français est plus critique que chez nos voisins européens.

  • Les salariés français n’ont pas une vision optimiste du dialogue social : 53% d’entre eux estiment qu’il se dégrade, alors que 60 à 66% des salariés étrangers notent une amélioration dans leur pays. Pourtant, le dialogue social français reste dynamique et est porté par une hausse de 15% des accords d’entreprise, selon le rapport annuel de la DARES [2].
  • A l’échelle européenne, et parmi les 5 grands pays européens, l’enquête Odoxa révèle que 80% des salariés allemands se déclarent épanouis dans leur travail. Distancée, la France ne se classe que 4ème avec un taux de 69%, devant le Royaume-Uni (58%) mais avec une tendance à la baisse (-5 points par rapport à l’enquête menée en 2015). Seuls 61% des salariés français qualifient de « bon » le dialogue social dans leur entreprise : ce résultat place la France à un niveau nettement inférieur à celui de ses voisins européens, et surtout des Allemands (83%). L’efficacité du dialogue social est mise en question: seuls 53% des salariés français estiment qu’il peut résoudre des problèmes et d’améliorer la vie au travail contre 77% en Allemagne.
  • Le dialogue social est qualifié de « constructif » en Italie et au Royaume-Uni et « d’apaisé » en Espagne, et 59% des Allemands affirment que les conditions nécessaires à un « bon dialogue social » sont mises en place dans leur pays. En revanche, les salariés français perçoivent le dialogue social comme plutôt « conflictuel » et considèrent l’environnement national comme défavorable au dialogue social. Deux salariés français sur trois jugent d’ailleurs que leur pays ne favorise pas le dialogue social.
  • L’intensité du débat national sur la loi Travail en 2016, alimenté par le vote des ordonnances, a sans doute participé à cette perception des salariés français, en décalage avec la réalité du dialogue social en France : 42 200 accords entre employeurs et représentants du personnel ont été signés et enregistrés en 2016, contre 36 600 en 2015.

 


[1] Sondage réalisé par l’Institut Odoxa pour le groupe Humanis sur un échantillon représentatif de salariés Français interrogés par Internet du 20 au 23 août 2017 et sur un échantillon de salariés allemands, anglais, espagnols et italiens interrogés par Internet du 29 août au 14 septembre 2017. Au global, 4 258 salariés européens ont été interrogés : 1 049 salariés Français représentatifs des salariés français âgés de 18 ans et plus ; 801 salariés allemands, 802 salariés anglais, 801 salariés espagnols, 805 salariés italiens représentatifs de la population de salariés dans chacun de ces pays.

[2] Rapport annuel 2017 de la DARES, direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail.

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